LES POLLINISATEURS

Sans les pollinisateurs, nos jardins seraient silencieux, nos paysages moins colorés et nos assiettes bien plus pauvres.

Les pollinisateurs jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement des écosystèmes et dans notre propre alimentation. Pourtant, ils restent souvent méconnus – ou réduits à la seule image de l’abeille à miel.

 

Qui sont réellement les pollinisateurs ?

Pourquoi sont-ils si indispensables ?

Comment pouvons-nous, à notre échelle, contribuer à leur protection ?

 

À travers cet article, plongeons dans le monde fascinant de ces alliés discrets mais essentiels, découvrons les menaces qui pèsent sur eux et explorons les gestes simples qui peuvent faire la différence, dans nos jardins comme dans nos villes.

Les pollinisateurs... de qui parle-t-on ?

Les plantes, comme beaucoup d’êtres vivants, ont besoin de se reproduire. Chez les végétaux, la production d’une descendance se fait grâce aux fleurs. Ces organes reproducteurs peuvent être mâles, femelles ou les deux!

Les fleurs mâles sont composées d’étamines, qui portent le pollen, tandis que les fleurs femelles présentent des pistils dans lesquels se trouvent un ovaire (le futur fruit) et au moins un ovule (la future graine).

C’est lorsque les grains de pollen d’une fleur mâle sont déposés sur le pistil d’une fleur femelle de la même espèce que la magie opère. Le mécanisme par lequel les deux organes se rencontrent s’appelle la pollinisation.  

La pollinisation ne se passe pas toujours de la même façon d’une plante à l’autre. Les mécanismes de pollinisation peuvent parfois se faire tout seuls, parfois grâce au vent pour le plus grand malheur de celles et ceux qui souffrent d’allergies, mais, la plupart du temps, pour près de 90% des plantes à fleurs, la plante a besoin d’un animal.

Ces transporteurs s'appellent des pollinisateurs ! 
Qui peut-être un pollinisateur ?

Si on vous parle d’un animal qui transporte du pollen de fleur en fleur, vous allez très probablement penser aux abeilles, voire plus particulièrement aux abeilles mellifères. Les abeilles mellifères (ou domestiques) sont très célèbres, mais il existe bien d’autres espèces.

En Belgique, nous en comptons actuellement 386 (2000 en Europe et 20000 dans le monde) et l’abeille mellifère est la seule à faire du miel et à vivre dans des ruches.

Parmi les espèces bien connues, nous pouvons aussi citer les bourdons, qui vivent en colonie et les osmies que vous pouvez facilement observer dans vos hôtels à insectes. La diversité des abeilles est impressionnante et leur lien étroit avec les plantes n’est plus à démontrer.          

Cependant, bien que très importantes, les abeilles ne sont pas les seuls pollinisateurs !

En effet, de nombreux autres animaux, en particulier des insectes peuvent jouer ce rôle. En Belgique, les plantes à fleurs peuvent compter sur la participation active de certaines « mouches » comme les syrphes (mouches mimétiques d’abeilles et de guêpes) ou plus occasionnellement de moustiques (qui l’eût cru ?), des papillons de jour et de nuit et de coléoptères (cétoines, cérambycidés, cantharidés, chrysomélidés…).

D’autres petits ordres d’insectes jouent aussi ce rôle et sont tout aussi importants mais représentent une proportion nettement plus petite.   

Si l’on sort de la Belgique, on peut également citer des oiseaux, des chauves-souris, des souris, des lézards, et bien d’autres encore.

Une étude récente a d’ailleurs mis en avant le rôle de pollinisateur d’une espèce de … loup ! Ce dernier, en léchant des fleurs pour y boire du nectar, transporte du pollen de fleur en fleur et participe donc à la pollinisation.  

Les menaces qui pèsent sur les pollinisateurs

La fragmentation de l’habitat

La fragmentation des habitats isole les populations en rendant difficiles les déplacements nécessaires aux cycles vitaux mais isole également les populations les unes par rapport aux autres, ce qui empêche le brassage génétique, les rendant plus vulnérables aux stress et perturbations environnementales (pollution, changements climatiques, maladies…).  

Une route, une ville ou même la lumière nocturne peuvent représenter des obstacles infranchissables ou mortels.  

La réduction et la destruction des habitats 

Il est assez évident qu’en réduisant la place disponible, les populations, peu importe les espèces, ne peuvent plus se développer aussi bien qu’elles ne le devraient. Les ressources alimentaires se raréfient tout comme les sites de nidification.  

Les pollutions environnementales

Il est presque impossible de ne pas parler des pesticides, lorsqu’on associe les mots « pollution » et « pollinisateurs ». En effet, les pesticides utilisés massivement dans l’agriculture intensive, mais aussi ceux qui sont utilisés sans retenue ni précautions dans nos jardins vont intoxiquer les animaux qui y sont exposés mais vont aussi tuer des plantes à fleurs indispensables à leur bonne santé.       

Les pesticides ne sont toutefois pas les seuls responsables de la pollution environnementale (pollution, changements climatiques, maladies…). L’éclairage nocturne engendre de la pollution lumineuse, le bruit de la pollution sonore, la pollution atmosphérique perturbe les odeurs… 

L’agriculture intensive

Bien que l’agriculture soit indispensable pour l’homme, les grandes étendues cultivées participent à la destruction et la fragmentation des habitats ainsi qu’à la pollution environnementale à cause de l’utilisation massive de pesticides mais aussi d’engrais qui favorisent les plantes nitrophiles (orties, ronces…) au détriment de nombreuses plantes qui préfèrent des sols moins riches.  

Les espèces exotiques envahissantes

Les espèces exotiques envahissantes, autrement appelées invasives, ont un impact direct sur les pollinisateurs. Les végétaux invasifs prennent la place des espèces indigènes, diminuant les ressources alimentaires.

Les animaux invasifs vont, quant à eux, soit entrer en compétition pour l’alimentation ou pour les lieux de nidification, soit représenter une menace en prédatant les espèces indigènes.

Une espèce bien connue qui illustre parfaitement ce dernier point est le frelon asiatique. Originaire d’Asie, son arrivée chez nous a un impact considérable, d’abord et surtout sur les abeilles mellifères mais les autres abeilles sauvages comme les bourdons ne sont pas à l’abri de son appétit.  

Que peut-on faire pour les protéger ?
  • Utiliser des espèces indigènes plutôt qu’exotiques apporte aux pollinisateurs une nourriture qu’ils connaissent et qui leur convient 
  • Être plus tolérant à la végétation spontanée laisse plus de nourriture aux visiteurs de notre jardin 
  • Laisser plus de vie dans son jardin en tondant moins souvent, en travaillant moins le sol et en laissant de petites zones naturelles leur offre plus de refuges et de sites de nidification 
  • Limiter les pesticides leur offre des jardins moins nocifs et plus accueillants 
  • Au potager, privilégier un terreau sans tourbe. Des grandes surfaces de zones humides sont asséchées pour produire la tourbe. En utiliser moins, c’est préserver des habitats naturels en danger 
  • Éteindre les lumières décoratives la nuit, lorsque nous sommes couchés rouvre les habitats nocturnes 
  • Éviter les pièges non sélectifs pour piéger des frelons asiatiques. Si la pose de ces pièges part d’une bonne intention, beaucoup d’entre eux capturent d’autres pollinisateurs indigènes et n’ont que peu d’impact sur les colonies de frelons asiatiques. Si vous souhaitez mettre un piège, renseignez-vous auprès des apiculteurs, du CARI ou du CRAW pour obtenir les meilleurs pièges à mettre en place.